Pour inaugurer ma participation à test4U, j’aimerai partager avec vous une expérience culinaire.

Bienvenue à La Grenouillère, restaurant gastronomique étoilé d’Alexandre Gauthier à la Madelaine-sous-Montreuil dans le Pas-de-Calais. A quelques kilomètres du Touquet, le lieu paraît pourtant éloigné, à peine accessible par une route mal éclairée, presque austère. Un panneau nous indique enfin la direction du restaurant, où nous reconnaissons la structure : une ferme picarde traditionnelle, entourant une structure qui semble beaucoup plus moderne. Cherchant en vain l’entrée, nous la trouvons finalement grâce à une minuscule pancarte « réception », jetée au pied d’un arbre. Étrange, il n’y a pas vraiment d’allée délimitée. Mais effectivement une porte s’ouvre et un homme nous invite à rentrer, tout en tournant l’ampoule à l’entrée pour essayer de lui redonner un peu de visibilité. C’est vraiment très étrange, j’aime.
Nous entrons donc sur une réception très ancienne, au style désuet avec ses tapis et ses tapisseries, gardant l’esprit originel du lieu, qui le rend très chaleureux. On nous y invite à prendre l’apéritif au salon.
Nous nous retrouvons alors dans une pièce un peu folle, avec un grand feu, et une multitude d’objets relatifs à la grenouille. Au-dessus du feu, on peut lire une fable tirée de la Fontaine et réadaptée au lieu. C’est très mystérieux, on se croit au beau milieu d’un conte, et on se demande si on ne va pas finir la soirée transformé en une de ces drôles de grenouilles qui nous entourent…
La réceptionniste nous apporte notre Champagne rosé, accompagné de mises en bouche : pain grillé au raisin, et œufs de caille sur lit d’algues séchées qui font penser à des yeux fraîchement cueillis…
Étrange…mais finalement très bon si votre palais n’est pas trop occidentalisé.
Ensuite, l’homme qui nous a ouvert la porte (qui semble être le responsable de salle) s’approche de moi l’air un peu énigmatique avec un panier métallique où il en sort une feuille pliée et froissée pour me la tendre : « voici le menu ». Je ne sais pas quoi faire, je reste bouche bée… et face à ma réaction, il me rassure en me disant « ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer ». Rassurée, je souris, accepte son papier froissé, et découvre effectivement le menu. Je n’y crois pas, c’est énorme, on est loin des normes habituelles des restaurant étoilés, j’adore !
Le contenu du menu va un peu dans tous les sens, comme un brouillon sur lequel le chef aurait laissé quelques idées, et où l’on arrive quand même à lire facilement les plats qui sont présentés sans détour, par la liste des ingrédients les composant : « blanc d’œuf caillé, crevettes grises… » (les « … » représentant souvent l’ingrédient mystère comme pour le plat cité, l’oursin). Sur ce menu froissé, on peut lire un peu raturé « un menu poétique, sauvage, un peu brutal ».
C’est exactement ça, nous nous apprêtons à goûter des mets authentiques, sans fioritures, et des plus surprenants…
Le repas se déroulera dans la salle principale, qui a été entièrement rénovée il y a un an et qui est radicalement différente de l’auberge à laquelle elle est directement accolée. En effet, nous nous trouvons dans une structure très contemporaine, sorte de chapiteau métallique, éclairée par des lampes d’acier qui semblent être les yeux d’étranges créatures, qui pendent un peu partout via de longs câbles. La salle est directement ouverte sur la cuisine où l’on peut apercevoir le chef et sa brigade en action. Au niveau des tables, on oublie les traditionnelles nappes blanches pour manger directement sur le cuir du mobilier. De manière générale, les plats seront également servis sur un matériau brut, qui ressemble à de l’ardoise.
Nous commençons donc la dégustation du menu à 8 plats et 3 desserts. Le concept consiste à nous proposer des plats de 3, 4 bouchées, qui dégagent toutes leurs saveurs dès les premiers coups de fourchettes. Même s’il s’agit de petites quantités, les 11 services étaient quand même un peu trop pour moi. Heureusement que ma gourmandise a pris le dessus pour apprécier l’ensemble du repas :)
Je ne vais pas vous spoiler tout le repas, mais j’en citerai les passages qui m’ont le plus marqué.
Nous débutons par le côté surprenant, avec le potimarron qu’on nous sert cru. On comprend ainsi que nous allons non seulement découvrir de nouvelles saveurs, mais également en redécouvrir en les dégustant dans des textures ou des cuissons qui ne sont pas habituels.

Ensuite, on a l’aspect brut, où l’aliment sublimé est vraiment mis en valeur, il n’est pas caché derrière une multitude d’accompagnements, où d’assaisonnement. Pour mettre en avant cette particularité, je citerai le plat qu’on a préféré et qu’on a intitulé « le homard qui s’est paumé dans la forêt ». C’est en fait un homard qui est disposé à l’intérieur de branches de genièvre qui nous arrivent juste brûlées, avec encore quelques braises. L’odeur est merveilleuse, et le goût du homard, que nous devons manger sans couvert, est exquis.
Le côté sauvage, on le comprend également par certains aliments qu’on mangera à l’état d’origine, comme le couteau qu’on nous sert (hors menu) cru, et qui se dandine encore un peu…

Enfin le côté poétique et artistique qu’on retrouve par l’association des goûts, des textures et par la présentation. Pour illustrer ça, je parlerai du dernier dessert, à base de biscuit, de chocolat assaisonné de fleur sel et de cerfeuil dont l’ensemble est disposé tel une arche perdue dont la nature aurait repris le dessus (comme un décor de tomb raider quoi, bon ok, je m’éloigne de la poésie ^^).
J’ai testé pour vous La Grenouillère, et je vous le recommande vivement si vous n’avez pas peur de bousculer vos habitudes !
Je vous quitte avec cette courte vidéo du chef expliquant son œuvre, car il le fait certainement bien mieux que moi…










Comment
Shinji 13 novembre 2012
C’est dingue que de tel restaurant existe dans le Pas-de-Calais et j’en ai jamais entendu parler !
Ce décor sombre et « grenouillé » me fait penser au roman « Le vent dans les saules » de Kenneth Grahame.
Merci pour le test :).
Aurore 13 novembre 2012
Intéressant.… Le lieu et l’ambiance m’intriguent et me donnent envie!!! Pour la cuisine… Certaines de tes descriptions me rendent curieuse de nouvelles expériences mais, d’autres comme le couteau me font un peu peur ou ne me font pas envie… Je n’arrive pas à me décider ;)
Comme cet article a piqué ma curiosité… Un petit tour sur internet et sur le site de la Grenouillère : l’expérience semble être saisissante, hors du temps, renversante!!!
Greg 14 novembre 2012
Félicitations pour ce premier article empli de mystères ;)
Un peu comme Aurore, je suis partagé entre ma curiosité et la quasi-certitude de rester sur le carreau culinairement parlant (il se pourrait que je sois un peu difficile :p).Mais qui sait je trouverais peut-être mon bonheur avec d’autres plats de la cart… du men… de la feuille froissée ;)
Titi 14 novembre 2012
Merci pour vos commentaires :)
Je comprends bien vos incertitudes, et c’est ce que je voulais provoquer aussi, car je pense que cette cuisine ne peut pas être aux goûts de tous, quoi que finalement les plats les plus provoquants étaient le couteau (qu’on a pas mal hésité avant de mettre en bouche mais qui finalement était très bon, aucune difficulté pour ceux qui aime le poisson cru), et l’oursin (je n’apprécie pas ces bestioles ^^). Mais on ne sait pas ce que le chef peut réserver au fil des saisons ! En tout cas, une superbe expérience si on veut se faire bousculer un peu culinairement (et si on a le budget pour tenter l’expérience bien sûr).