Où que j’aille, peu de temps avant sa sortie, j’entendais parler de Prometheus. Toujours de la même façon en plus : un groupe papote, quelqu’un s’incruste, « Vous parlez de Prometheus ? C’est le film où Ridley Scott… ». Pour quelqu’un qui, comme moi, ne regardait pas les bandes annonces et ne voulait pas en savoir trop avant d’y aller, ce fut une rude épreuve.
La veille du visionnage, je me suis dit qu’un petit coup de “8ème passager” ne pouvait me faire de mal et qu’il valait mieux être affûté après tant d’attente car les clins d’oeil ne risquaient pas de manquer. Ainsi fut fait. Et c’est le coeur joyeux, une bouteille de soda et un sachet de cochonneries à la main, que je me dirigeais vers ma salle obscure habituelle prêt à tout. A tout sauf à ce que j’y ai vu. Aujourd’hui Prometheus fait encore parler à la machine à café, et je suis désormais la personne qui s’incruste dans le groupe. Voici quelques unes de mes incrust’ préférées (Attention Spoiler !)
Prometheus ? C’est le film où les enfants de 12 ans ont le droit d’entrer. Peu importe qu’il y ait des fractures ouvertes, des césariennes en gros plan, un zombie, un poulpe mutant, des morts partout… De toutes façons, les gamins de 12 ans d’aujourd’hui, ils jouent à Call Of, alors qu’est-ce qu’on s’en fout.
Prometheus ? C’est le film où je n’ai pas pu dormir après l’avoir vu. Non pas que le film ait atteint le paroxisme de l’épouvante, loin de là. C’est plus qu’à ma sortie du film, jusqu’à lire l’article de l’Odieux Connard, je n’ai pu m’empêcher de me prendre la tête sur la scène d’introduction. Sans rire… Elle ne veut rien dire cette scène. Les gens ont beau tenter de l’expliquer dans tous les sens, mais s’il voulait répandre ses cellules pour créer une nouvelle espèce, l’alien n’était pas obligé de se suicider, dans d’atroces souffrances qui plus est. Une carte de don du sang, ça prend deux minutes à faire en plus.
Prometheus ? C’est le film où Charlize Theron aurait pu s’abstenir de se présenter au casting ? Non pas qu’elle soit mauvaise actrice, puisqu’elle a ce je ne sais quoi de femme glaciale un brin excitante, mais son personnage ne sert à rien. Honnêtement. Ce n’est pas le seul d’ailleurs. Ô certes, c’est vendeur de coller le nom d’une grande actrice sur une combinaison moulante, mais le film avait déjà un environnement favorable au succès et ne devait pas avoir besoin de ça. A moins bien sûr qu’il ait des défauts à cacher…
Prometheus ? C’est le film où l’on apprend qu’en 2091, Microsoft aura enfin révolutionné le powerpoint. Quoi de mieux pour une présentation qu’un hologramme pré-enregistré et intelligent (bye bye le trombone)? Ce dernier est capable d’interagir avec son environnement, regardant et désignant ses interlocuteurs tout en les nommant. Mieux : à l’instant où le plan pourrait être gâché, l’hologramme se téléporte automatiquement quelques pas en arrière pour éviter de cacher d’autres acteurs. C’est quand même bien fait, non ?
Par contre MS Office 91, malgré ses améliorations notables, ne peut toujours rien faire pour sauver la débilité des messages enregistrés. Dans le genre, on a vu plus productif qu’un message enregistré deux ans à l’avance et qui dit : « Bonjour. Je suis Weyland. Votre boss. J’ai un fils unique (clin d’oeil), David, et je suis sans doute déjà mort mais je ne le sais pas encore. Bon rien de plus à dire donc je raccroche. Tchuss. » Quelle prestation ! Quelle keynote ! Steve Jobs, sort de ce corps.
Prometheus ? C’est le film où un géologue de génie cartographie une structure de bâtiment avec des sphères volantes, sans doute les google car du futur, qui repèrent les murs, les différencient des portes (en la porte vue qu’il n’y en a qu’une dans tout le vaisseau… ça doit coûter cher en chauffage leur truc), évalue les espaces et tout ça sans jamais sortir du bâtiment alors que tout est ouvert. Ce même géologue sait, alors que la cartographie vient à peine de commencer, où il doit aller pour trouver un coin intéressant. Ce même géologue, unique détenteur du plan, qui se perd au moment où il se retrouve seul, alors que le chemin aller ne comportait qu’un virage. Chapeau l’artiste.
Prometheus ? C’est le film où l’on voit clairement que l’espèce humaine est un peu conne, mais que ces scientifiques sont ses meilleurs ambassadeurs.
Les protagonistes entrent dans une pièce où l’atmosphère semble respirable :
– « Tiens ? L’air est respirable ici, et ce sans avoir passé de sas. Balaise ! C’est moi ou c’est bizarre ?
– On s’en fout. Retirons nos casques et on verra si la pièce suivante est respirable ou non. »
Dans la pièce suivante, il fait –27°C :
– « Hé les gars, il fait –27°C. Pas de bonnet, pas d’écharpe, et même pas j’ai froid. Ah ah.
– Tais-toi et avance, on ne va pas s’arrêter à chaque incohérence de script ».
Deux scientifiques, plus poules mouillées que curieux, ont leur première rencontre du troisième type : un ver de pêche mutant.
– « Oh ! Énorme ! On dirait un cobra de l’espace ». Remarquez que cette fois le scientifique va se poser une question : « Tu crois qu’il fait quoi si je lui chatouille le menton ? »
Les aliens ne sont pas en reste pour autant :
– « Bon les gars, le vaisseau qui devait éradiquer l’espèce humaine s’est mis en attente au lieu de décoller. On fait quoi ? On va voir ce qui se passe ? On envoie un autre vaisseau, vu qu’on en a plein sur la planète ?
– Nan, attend. J’ai une super idée. Imagine : on leur envoie une carte d’invitation avec un plan mappy sans légende. S’ils trouvent notre usine d’armes de destruction massive, pensant venir à une rave, on les explose. Cool, non ? »
Prometheus ? C’est le film où l’espèce humaine se moque un peu de l’écologie chez elle, mais alors chez les autres … Après tout, sur Terre, certains humains font du covoiturage. Chez les aliens, on répartit 8 personnes dans 3 véhicules dont l’un est à 12 places. Ils ont raison les “ingénieurs”… On est trop cons, et mérite de mourir.
Prometheus ? C’est le film où l’on réalise que dans 80 ans, on aura fait un bond technologique incroyable. Imaginez un peu. En 2091, on saura construire des vaisseaux qui vogueront jusqu’à l’autre bout de notre galaxie. On aura des exosquelettes paramédicaux pour les déficients moteur. On créera des androids plus vrai que nature avec des cheveux qui poussent. On aura même un caisson UV capable de remplacer, à lui seul, un bloc d’opération complet, opérant tout et n’importe quoi. Malheureusement, aucune amélioration au niveau des capacités de stockage et la carte SD de 32Go, de la dite machine, ne permet de stocker que les opérations sur la gent masculine. Espérons que la femme à qui appartient la cabine n’en aura pas besoin.
Prometheus ? C’est le film où les meilleurs scientifiques de la planète vous apprennent que tout ce que vous saviez sur l’ADN unique et sur le fait que ce dernier conditionne tout, y compris votre physique; tout ça, c’était bidon. Les aliens et nous avons le même ADN (parce qu’en plus apparemment, on partage déjà tous la même séquence). On en (dés)apprend des choses, c’est dingue.
Prometheus ? C’est le film où la vie, avant d’être des rencontres, c’est d’abord la découverte. Après deux ans de stase et whatmile de kilomètres parcourus, la vie, cette petite coquine, vous met en contact avec d’autres individus. Vous découvrez ces gens avec qui vous auriez dû préparer la mission, avec qui vous avez embarqué et à qui finalement vous n’avez jamais parlé.
C’est toujours difficile de briser la glace. En général, on parle du temps, mais dans l’espace c’est pas gagné. Donc on parle boulot, mais comme on n’apprendra l’objectif de la mission qu’une fois arrivés, c’est pas facile non plus. Au final, on ne se parle pas. Même quand des aliens bouffent vos potes, même quand la moitié de l’équipage est décimé, que l’autre moitié, que vous n’avez jamais vu doit être enfermée dans une soute alors que le vaisseau part pour une mission suicide. Un peu triste, non ?
Prometheus ? C’est le film où deux nanas sont poursuivies par un cerceau géant et qu’elles décident de faire un marathon sur sa trajectoire alors que trois pas de côté semblent suffisant pour l’éviter. Certes, une des deux était blonde. Mais l’autre a bien mis 200m avant de comprendre.
Prometheus ? C’est le film où en 91 après J-C, les aliens se sont dit qu’on avait abusé en crucifiant Jésus et qu’il fallait nous exterminer. Plutôt que de débarquer et de tout bousiller, ils ont créés un liquide exterminateur, la version alien de l’Antrax, qu’ils nous enverraient par Colissimo plus tard. Liquide qui réagit différemment en fonction des circonstances : si un alien l’ingère, il se désintègre; si un humain l’ingère ou qu’il s’en asperge le visage façon crème anti ride, il se zombifie; si une humaine couche avec un zombie alien, elle devient fertile et accouche d’un poulpe; si un vers de pêche fait une petite longueur dedans, il se transforme en Cobra vénère.
Remarquez, ils ont eu raison de jouer la carte de la prudence : les gaulois avaient Astérix et les anglais Arthurus…
Prometheus, c’est le film où le big boss, qui apparaîtra sûrement à la fin du jeu éponyme, est un poulpe géant tout droit sorti des séries japonaises des années 80. Après la débauche d’effets spéciaux présentées pendant deux heures, le budget devait être entièrement épuisé. Sincèrement, je m’attendais à tout moment avoir les bioumans débarquer pour lui régler son compte à coup de disque laser de Dorothée… mais même pas. Dommage !
Prometheus, c’est le film où la petite brune scientifique court plus vite que Justin Timberlake à la fin de Time Out. « Deux minutes d’oxygène, quatre kilomètre à faire pour recharger la bonbonne. Pas de problème, je n’ai besoin que d’une minute trente. » Vous remarquerez au passage que Ridley Scott a aussi inventé une combinaison qui ne consomme pas plus d’oxygène quand on court. Il est fort ce Ridley.
J’ai testé pour vous Prometheus, et comme vous avez pu le constater, j’en suis sorti changé. Prometheus ? C’est le film où Ridley Scott signe son retour à la S.F. Le film où Alien revient sur le devant de la scène. Le film où la 3D déchire tout. Le film où … ou pas en fait.








Comment
Michel 10 juin 2012
Superbe article sur Prometheus, j ai bien rigole surtout avec le cerceau et la blonde )
C’est un bon film si :
1 — on le prend au 2nd degree (c’est du cinema)
2 — on n attend pas un film dans la lignee des 4 « Alien ».
C’est l’un des scenaristes de Lost, donc beaucoup de questions sans reponses… c’est sympa si c’est une serie, beaucoup moins pour un film.. tu dois attendre 2 ans minimum si il a bien marche…
Heureusement le film a deja depasse son budget au Box Office, donc une suite est a 99% sure, donc des reponses au prochain episode ) a moins que Ridley et son scenariste vise la trilogie ou plus )
Greg 24 juin 2012
D’après les rumeurs, il parait que l’édition DVD sera étendue de 30 minutes, qui permettrons notamment de mieux comprendre la scène d’intro. Mais bon… 13 euros de film + 15 euros de DVD, ça fait cher les réponses.
Titi 23 juin 2012
Je viens de le voir et n’ai pas passé un moment si désagréable que ça malgré les erreurs de script et la légèreté du scénario.
Mais ce qui est sûr, c’est que ton article m’a bien fait marré :)
Greg 24 juin 2012
Je comprends tout à fait qu’on puisse apprécier ce film. En temps que film d’action ce n’est pas pourri. Mais pour peu que tu y ailles avec un profil travaillomane, comme ce fut mon cas, là, c’est foutu :)
Ping : Formation à Symfony 2 par Sensio Labs | Test4U